Communiqué de presse

Une des plus grandes aventures de la littérature française contemporaine s’achève en grandeur, avec la publication concomitante de onze volumes, par onze éditeurs différents, en cette rentrée 2026.

Le post-exotisme a démarré sa vie de papier sous le nom d’Antoine Volodine, en 1985, avec la Biographie comparée de Jorian Murgrave dans la collection Présence du futur chez Denoël. Après quatre premiers titres, l’auteur s’est déplacé chez Minuit (dont Le port intérieur), puis chez Gallimard (notamment Le post-exotisme en dix leçons, leçon onze), avant de s’installer durablement au Seuil avec Des anges mineurs (Prix du Livre Inter 2000).

La dernière publication d’Antoine Volodine remonte à 2024 avec Vivre dans le feu, dans la collection Fiction & Cie où il a été couronné du prix Médicis en 2014 pour Terminus radieux. Celle de Manuela Draeger, Arrêt sur enfance (L’Olivier, 2025), précède immédiatement le polyptique Retour au goudron. Sans oublier « Un conte moral », dans Contre la littérature politique (La fabrique, 2024).

Ailleurs, le post-exotisme s’est déployé sous les noms d’Elli Kronauer (à L’École des loisirs), de Manuel Draeger (L’École des loisirs et L’Olivier) et Lutz Bassmann (chez Verdier).

L’aventure se clôt sous la signature d’un collectif, Infernus Iohannes, qui se trouvait déjà à la tête d’une récente publication, Débrouille-toi avec ton violeur (L’Olivier, 2022).

Contrairement à un simple pseudonyme, et dans le geste ouvert par Fernando Pessoa, un hétéronyme est un auteur fictif à part entière, avec sa propre biographie, son style, ses thèmes. Il ne s’agit pas d’un jeu de personnalités, mais d’une fiction polyphonique où plusieurs voix d’auteurs coexistent pour construire une œuvre commune.

Cet univers, aux titres souvent savoureux et drôles, met en scène des mondes parallèles, souvent post-apocalyptiques, peuplés de figures marginales ou détruites, mais encore habitées par la mémoire, les utopies et une forme de résistance. L’écriture y est liée à la survie, à la folie et à la proximité de la mort.

De plus, le post-exotisme se caractérise par des formes littéraires propres (romånces, narrats, entrevoûtes, etc.) issues d’une création collective clandestine. Être écrivain, dans ce cadre, ne signifie pas rechercher la reconnaissance, mais témoigner, dans l’ombre et la contrainte, d’une humanité en ruine.

Au fond, le post-exotisme est peut-être avant tout un élan, ou un sentiment, celui de n’appartenir et de ne vouloir appartenir à aucun des genres ou courants établis dans le champ littéraire. Marqué par le réalisme magique, il décloisonne le temps, les frontières, les catégories pour mieux arpenter un univers post-apocalyptique sur fond de révolutions ratées, de rêves et de cauchemars, d’enfermements et d’affrontements, inspiré par le Bardo Thödol du bouddhisme thibétain ou autres formes de chamanisme.

N’oublions pas une dimension importante des auteurs du post-exotisme, leur humour, jusque dans les décombres. Et le fait que cette œuvre gigantesque se conclut par un quarante-neuvième opus tentaculaire, multiple de sept, ne doit rien au hasard.

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Le 4 mai 2026 au Centre National du Livre, nous avons dévoilé aux libraires venu.e.s jusqu’à nous ce qui constituera un événement marquant de la prochaine rentrée littéraire : Antoine Volodine, en personne, venait annoncer la fin de Post-exotisme, édifice littéraire dont il a été le porte-parole autant que le porte-plume de bien des hétéronymes (Elli Kronauer, Manuela Draeger, Lutz Bassmann, Infernus Iohannes).

Ce dénouement s’incarnera autour d’un événement éditorial exceptionnel : 11 livres sous la signature du collectif Infernus Iohannes paraîtront simultanément chez 11 éditeurs différents (Actes Sud, La fabrique, L’Olivier, Minuit, Rivages, La Marelle, Robert Laffont, Seuil, les Éditions du sous-sol, La Volte et Verdier) la dernière semaine d’août 2026.

Les maisons d’éditions travaillent souvent dans leur coin, tiennent jalousement à leurs auteurs et autrices, et s’imaginent parfois en concurrence les unes avec les autres… c’est oublier que deux livres ne seront jamais deux produits concurrents comme peuvent l’être, disons, deux brosses à dents ; c’est oublier aussi que chaque relation entre un auteur, une autrice et un éditeur ou une éditrice est singulière et féconde à sa manière.

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L’aventure dans laquelle Antoine Volodine nous a entrainés n’est donc pas commune, elle défie les règles mesquines de ce qu’on appelle un « commerce comme les autres ». Aux méthodes boutiquières, la performance littéraire d’Antoine Volodine oppose joyeusement la cohérence d’une œuvre, la fidélité et la camaraderie.

Notre démarche est un bon remède au pessimisme ambiant et aux mauvais temps nouveaux : elle montre toute l’importance, pour la littérature même, de pouvoir faire son chemin dans un paysage éditorial le plus diversifié possible, au moment où quelques entrepreneurs fascisants voudraient assujettir le monde du livre à leurs desseins.

En cela, notre démarche est tout à fait post-exotique !

Stella Magliani-Belkacem
La fabrique


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Estelle Roche

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